Il est des lieux que l’âme errante du pilote aspire à habiter. Magny-Cours en est un des plus mythiques. C’est probablement pour cette raison spirituelle que Nick m’a proposé cette manche de l’Historic Tour, où la série Super Sixties a élu domicile cette année pour sa dernière manche de championnat.
Nevers a la châsse de Bernadette. Mais ce n’est pas cette religion-là qui nous y a guidés.
Non ! Notre pèlerinage sentait plus la gomme que l’encens. La communion s’est faite, certes, mais avec les amis hollandais, anglais, allemands, quelques rares Français, que nous représentions le plus dignement possible et, ô surprise, un concurrent australien. On ne dira donc pas que Magny-Cours ne motive pas le reste du monde.
L’arrivée : bucolique et accueillante
Vendredi matin, Nick passe me prendre aux aurores pour le petit bout de chemin qui nous sépare de la Nièvre. Le voyage via le Morvan est bucolique et la compagnie de notre ami anglais charmante. Le café, les petits gâteaux et les jolis paysages raccourcissent le court voyage. À Magny-Cours, l’accueil est chaleureux et l’accès facile, contrairement au Nürburgring (voir l’article de Nick sur ce déplacement). On s’installe près de l’eau et de l’électricité. Puis on salue les camarades de jeu, Jürgen et sa fille Clara, qui ont traversé une partie de l’Europe pour se joindre à la Grande Messe. Ils apprécient la France, mais pas ses péages (75 euros l’aller) !
Un circuit temple
Une visite du site s’impose, ainsi que le passage par les contrôles administratifs et techniques. Cette fois, tout est OK. Le circuit et ses alentours sont magnifiques. Le tracé est très sélectif et complet (17 virages, du plat et des pentes, des chicanes, un 180° et même une épingle…). Un temple, vous dis-je ! Le briefing est bien clair. Les nouveaux se présentent et sont applaudis par les anciens. Nous ne ferons pas d’essais libres, considérant que nous sommes suffisamment bons pour nous en passer.
La veille du grand jour : convivialité dans les paddocks
Après une bonne nuit et un English Breakfast, nous prenons part aux essais qualificatifs, qui détermineront la place sur la grille de la première course. Tout se passe bien. Nous prenons le temps d’un relais réalisé avec calme et application. Dimanche, Nick fera la course du matin, bravant le froid de la piste et la difficulté d’une tenue de route aléatoire. Je ferai la course du midi, moins risquée que l’autre, mais sous les yeux de nos deux femmes (une chacun !) qui nous rejoindront… Je comprends que Nick ait préféré le froid aux regards féminins.
L’ami Dominique nous a rejoints en fin d’après-midi et installe son camion d’assistance près de nous. Nous nous promenons dans les paddocks en trottinette et à vélo (c’est bon, le luxe !) pour admirer les diverses voitures et piquer quelques bonnes idées de préparation. Ce soir, toute la série Super Sixties (une soixantaine de pilotes et les accompagnateurs) dînera au restaurant Ferdinand, à deux pas du circuit, réquisitionné pour l’occasion (bon, pas cher et décoré avec goût). Un pèlerinage, vous redis-je. Ça cause batave, anglais, allemand et français. Bien qu’il n’y ait pas d’Italien, on parle aussi avec les mains quand les mots ne nous viennent pas. Puis chacun se disperse pour rêver à la bonne arsouille du lendemain.
Dimanche matin : le froid, la brume et la batterie
Il fait encore nuit et bien froid lorsque nous nous levons dimanche matin. La MG a été bien bâchée et démarre sans difficulté. Le plein a été parfaitement calculé cette fois et Nick prend le départ dans le peloton. Les commissaires font allumer les phares au regard de la légère brume qui enveloppe la piste. Nous ne le savons pas encore, mais ce détail nous sera (presque) fatal.
Nick roule bien et se bagarre avec les autres MG et les Cortina, prenant garde aux Falcon, Mustang et autres Elan qui ont finalement repris un tour. Nous attendons dans la pit Lane où Nick doit s’arrêter réglementairement 1 minute 20 secondes dans la fenêtre de relais. Mais il arrive prématurément et nous prend au dépourvu : plus de batterie et l’allumage qui cafouille ! La valise à roulettes que nous avons tractée derrière la trottinette va nous être utile. Les copains viennent prêter main-forte. Nick nous a fait le bon diagnostic… À nous de faire la bonne réparation !
Prise de tension de la batterie : faible.
Prise de tension en sortie d’alternateur : faible. Il ne charge plus.
On démontre le couvercle de la soute à batterie. On branche un petit booster de démarrage sur la batterie et on le scotche en place (24,50 euros chez Action !) Ça marche ! Nick repart avec presque 10 minutes d’arrêt, mais il fait sa course. Merci l’entraide. Ça fera quelque chose à raconter dans l’article que le secrétaire du Spirit Racer Club nous a commandé pour le blog du club. Sinon, on aurait détaillé le menu d’hier soir.
Après le parc fermé, on met la batterie en charge, car on n’a pas d’alternateur de rechange. Un cardan, oui.
Des boulons, oui.
Des fluides, oui.
Des pièces UK, oui.
Du rosé, oui.
Sausages and eggs, oui.
D’alternateur,non.
Bon ! Et bien on fera sans !
L’après-midi : sous tension et sous regard
Pour ma course, les femmes sont là et la pression avec. Pour Stella, je ne dois pas casser la voiture.
Pour Corinne, je ne dois pas finir dernier (oui, je l’assume, je suis un macho convaincu).
Il y a un « grid walk », littéralement « balade sur la grille » pour les spectateurs, les copains, les copines, les photos. C’est plutôt sympa.
Bon, c’est l’heure d’y aller. Évacuation de la grille, tour de chauffe, tour de formation et départ lancé. Je ne suis pas gêné par ceux qui voudraient me doubler, puisque je pars dernier. Après le tour de formation, on peut accélérer bien avant les feux, car les premiers sont placés à plus de 200 mètres devant… Cet élan me permet de gratter une ou deux places.
La voiture marche bien. J’ai emporté le petit booster dans sa housse au cas ou… sans les phares, la batterie se décharge peu. J’ai bien pensé ne pas freiner pour faire des économies de watts dans les stops, mais je suis trop lâche et je freine quand même. Je passe Egbert, mais la puissance faiblit et il repasse. Plus que trois cylindres. Aurais-je grillé une soupape dans l’euphorie ? Je rentre au stand.
Même grouillement autour de la voiture que ce matin. Un fil de bougie s’est déboîté et s’est tordu. La connexion ne se fait plus. Nick, les copains allemands et Dominique sont à pied d’œuvre. Ça dure. Puis, tout à coup, un pouce se lève. Je ne sais pas à qui il est, mais je sais ce qu’il veut dire.
Gaz !
À quelques minutes près, cet arrêt aurait pu être décompté comme arrêt de relais. Je reprends la piste sans prendre de risque, car « la messe est dite ». Le seul objectif est de finir et, accessoirement, de « faire un temps » : mon meilleur chrono sera pour le dernier tour.
Conclusion : le pèlerinage accompli
Tout le monde s’embrasse : la voiture est intacte et nous sommes classés. Maintenant le grand pèlerinage éphémère est terminé : rangements, chargement et retour à la maison. Sur la route, on fait l’inventaire des réparations et le programme de la saison prochaine : Hockenheim, Prenois à trois pilotes et Spa… d’autres pèlerinages !
À Magny-Cours, l’âme errante du pilote n’aspire pas à passer… mais à REVENIR !







